2 juin 2017

Accord de Paris : la décision de Donald Trump ne changera pas grand-chose à l’inconsistance de la COP 21…

Après des semaines d’atermoiements, Donald Trump a finalement annoncé jeudi 1er juin que les Etats-Unis vont se retirer de l’Accord de Paris sur le climat.

Le président a abattu ses cartes en indiquant notamment que l’accord était trop coûteux pour les Etats-Unis et qu'il valait mieux en sortir pour protéger les intérêts des citoyens américains... 



Si beaucoup des propos de Donald Trump constituent des contre-vérités grossières sur le changement climatique et relèvent d’une certaine vision nationaliste, ils ne doivent cependant pas nous faire oublier que la COP 21 qui s’est tenue, du 30 novembre 2015 au 12 décembre 2015 au Bourget en France, n’a jamais pris des décisions courageuses et visionnaires.

Les médias n’ont pas beaucoup ébruité certaines dispositions de cet accord, présenté comme un succès par François Hollande hier et Emmanuel Macron aujourd'hui. Il sape en réalité les droits des communautés les plus vulnérables de la planète et ne comprend à peu près rien de contraignant qui garantisse un climat sain et vivable pour les générations futures.
Les pays signataires, avec le soutien de l’UE et des autres pays riches, ont veillé à ce que les parties les plus importantes du traité soient édulcorées au point d’en devenir absurdes. Car il ne faut pas oublier l’essentiel : cet accord entérine un réchauffement climatique supérieur à 3°C, sans se doter des dispositifs pour revenir à une trajectoire inférieure à 1,5°C ou même 2°C.
Par bien des points, il tranche en faveur des options les moins ambitieuses qui étaient déjà présentes dans le texte initial de négociation. Il ne valide qu’une chose positive : les 195 États de la planète sont d’accord pour maintenir un cadre international et multilatéral de gouvernance du climat.
En entérinant des contributions nationales (INDCs) qui conduisent à un réchauffement supérieur à 3°C, la COP 21 s’est montrée incapable de désamorcer la bombe climatique. L’objectif d’1,5°C, qui n’est pas un objectif contraignant, ne saurait masquer l’absence d’engagements chiffrés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pour les années à venir (art. 2). Aucune date n’est mentionnée pour le pic des émissions et l’objectif de long terme attendu pour 2050 ne concerne que la seconde partie du siècle. Cela ouvre la porte de fait à l’utilisation massive de techniques inappropriées telles que le stockage et la séquestration du carbone, la compensation carbone et la géo ingénierie.
Sans feuille de route clairement établie, sans mention des points de passage en 2020 et 2050 fixés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’accord de Paris met en danger le simple droit à vivre de nombreuses populations à travers la planète.

La Chine et l’Inde notamment pourront augmenter leurs émissions de carbone sans aucune contrainte jusqu’en 2030. Or, le développement industriel rapide de la Chine provoque une augmentation de la pollution atmosphérique, en particulier dans les grandes agglomérations du pays. 29 villes chinoises, rassemblant 90 millions de citadins, ont ainsi connu plus d'un mois d'alerte à la pollution (seuil d'alerte déclenché à partir de 150 microgrammes par mètre cube d'air de particules fines). L'Inde est quant à elle la troisième puissance économique d'Asie et pourtant la plus polluée, passant devant la Chine. Dans son livre Bombay Maximum City publié, le journaliste Suketu Mehta explique que " respirer l'air de Bombay aujourd'hui équivaut à fumer deux paquets et demi de cigarettes ".

Aucun mécanisme de sanction n’est mis en œuvre pour sanctionner les États qui ne mèneraient pas à bien leurs engagements ou qui refuseraient de revoir à la hausse leur ambition. Alors que les accords de libéralisation du commerce et de l’investissement sanctionnent les pays lorsqu’ils ne respectent pas les règles établies, il n’y a encore rien en termes de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.
En matière de financement, la convention cadre prévoit que les pays historiquement les plus émetteurs débloquent les financements nécessaires à l’adaptation des pays qui en ont besoin. Mais l’absence des 100 milliards de dollars comme plancher de financement a pour conséquence de soumettre le texte de la COP 21 à de nouveaux arbitrages futurs, sans force contraignante. Il y a un manque total de transparence et de prévisibilité des financements pour l’après 2020 : les termes « nouveaux » ou « additionnels » ne sont même pas utilisés pour évoquer les financements futurs. De nombreuses contributions des États, notamment des pays les plus démunis, dépendent en effet de financements additionnels pour mener à bien leur transition énergétique et politique d’adaptation. Or, ces financements ne sont pas là et ne sont pas garantis pour le futur.
On constate également une suppression des références aux droits humains et des populations indigènes, références renvoyées dans les préambules. Il y a un très net affaiblissement du mécanisme de « Pertes et dommages » puisque tout ce qui concerne les responsabilités juridiques est retiré de l’accord.
Il sera impossible de rajouter dans les années futures tout ce qui n’est pas dans le texte de l’accord. Des inventaires (stocktaking) sont prévus tous les 5 ans, mais la mise en œuvre des révisions à la hausse reste dépendante de l’interprétation du texte et de la bonne volonté des États.
Aucun mécanisme n’est clairement défini pour faciliter le transfert des technologies, notamment pour lever les barrières générées par les droits de propriété intellectuelle.
Une possibilité est laissée aux pays, notamment les plus émetteurs, d’utiliser des mécanismes de compensation carbone pour atteindre leurs objectifs, au détriment d’une réduction domestique des émissions.
En résumé, ce très pâle accord reflète l’impuissance des gouvernements à s’attaquer aux causes réelles des dérèglements climatiques. L’avidité des multinationales, les énergies fossiles et l’obsession de la croissance sont considérées comme des données intouchables. De plus, les secteurs de l’aviation civile et du transport maritime qui représentent près de 10 % des émissions mondiales sont exemptés de tout objectif.
Aujourd’hui, le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris est regrettable mais ne change en rien le bricolage réalisé lors de la COP 21, constitué d’abord de la somme des égoïsmes nationaux, aussi bien en matière de financements que d’objectifs de réduction des émissions… 
 

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