14 avril 2012

Nouvelle constitution en Islande : la conspiration du silence...


L'Islande se trouve sur la dorsale médio-atlantique séparant les plaques tectoniques eurasienne et nord-américaine et compte de ce fait de nombreux volcans
L'Islande a terminé l’année 2011 avec une croissance économique de 2,1% et devrait, selon les prévisions de la Commission européenne, atteindre le taux de 2,7% en 2013 grâce principalement à la création de nouveaux emplois. 

L'Islande est le seul pays européen qui a rejeté par référendum de payer les dettes des banques privées, laissant s’effondrer certaines d’entre elles et jugeant de nombreux banquiers pour leurs crimes financiers mais curieusement les médias français et européens n’en parlent pas ou très peu…


Il n’y a pas de censure officiellement dans les médias presse, radio ou télé mais les journalistes et experts de tous bords, si prompts à parler de ce qui se passe en Egypte, en Libye ou en Syrie, ne disent absolument rien sur l'Islande. En a-t-on parlé dans les nombreux débats politiques en vue de l’élection présidentielle ? A-t-on vu des images à la TV ? Bien sûr que non car les citoyens européens pourraient avoir la mauvaise idée de s'en inspirer...

En Islande, le peuple a fait démissionner un gouvernement au grand complet. Les principales banques ont été nationalisées et il a été décidé de ne pas payer la dette qu’elles avaient contractée auprès de banques en Grande Bretagne et en Hollande, dette générée par leur mauvaise politique financière.

- 2008 : Les banques Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing sont nationalisées pour éviter leur faillite plutôt que d’injecter inconditionnellement des capitaux publics, comme en Espagne ou dans les autres pays européens. L’ensemble des dettes de l’Islande égale alors 9 fois son PIB. La monnaie s’effondre et la bourse suspend ses activités après une baisse de 76%.

- 2009 : Le FMI, comme à son habitude, exige, en échange de mesures dites "d’ ajustement" des coupures dans les dépenses sociales qui provoquent la colère de la population, la chute du gouvernement et la convocation d’élections anticipées.

La gauche remporte la majorité absolue, provoquant l’effondrement du Parti de l’Indépendance, un parti conservateur qui était traditionnellement la force dominante dans le pays et qui ne conserve que 23,7% des voix. Johanna Siguroardottir est choisi pour diriger le gouvernement réunissant des sociaux-démocrates et les écologistes de gauche. 

La situation économique désastreuse du pays persiste. Par le biais d’une loi, il est proposé à la Grande Bretagne et à la Hollande le remboursement de la dette et un paiement de 3.500 millions d’euros, montant devant être payé mensuellement par toutes les familles islandaises pendant 15 ans à un taux d’intérêt de 5%. Mais le peuple descend à nouveau dans la rue et demande que la loi soit soumise à référendum.

- Janvier 2010 : Le Président refuse de ratifier cette loi et annonce qu’il y aura une consultation populaire.

- Mars 2010 : Le référendum a lieu et le Non au paiement de la dette l’emporte par 93% des voix.

Pendant ce temps, le gouvernement essaie de régler juridiquement les responsabilités de la crise. Les détentions de plusieurs banquiers et cadres supérieurs commencent. Interpol lance une enquête et tous les banquiers impliqués quittent le pays. Dans ce contexte de crise, une assemblée est élue pour rédiger une nouvelle Constitution en vue de se substituer à l’actuelle qui est une simple copie de la constitution danoise.

Pour ce faire, on a recours directement au peuple souverain qui élit 25 citoyens sans filiation politique parmi les 522 qui se présentent aux candidatures (condition : être majeur et avoir recueilli le soutien d’au moins 30 personnes).

- Septembre 2010 : l'ancien Premier ministre Geir Haarde est poursuivi pour négligence dans la gestion de la crise. Interpol émet également un mandat d’arrêt international contre l’ancien président de Sigurdur Einarsson.

- Février 2011 : l’assemblée constituante commence ses travaux afin de présenter, en partant des avis collectés dans les diverses assemblées qui ont eu lieu dans tout le pays, un projet de Grande Charte. 

- Mars 2011 : suite à quelques critiques concernant la faible participation (36%) pour nommer les membres de l’assemblée constituante, le Premier ministre, en accord avec les chefs des principaux partis représentés au Parlement, met sur pied un comité consultatif pour poursuivre la révision de la constitution. Ce dernier propose au Parlement de nommer un «Conseil constitutionnel» constitué des 25 membres de l’Assemblée constitutionnelle dissoute.

- Avril 2011 : les citoyens disent de nouveau Non à un second référendum sur le paiement de la dette, après que le président islandais Olafur Ragnar Grimsson ait refusé de contre-signer la loi du 16 février 2011 (connue sous le nom de « troisième loi Icesave »). Le nouveau gouvernement de centre-gauche assurait en effet que le nouvel accord Icesave avait été mieux négocié que le précédent mais la population islandaise maintient son refus d'être mise à contribution pour la faillite de banques jugées irresponsables. 

- Juillet 2011 : Sur la base des rapports du Comité constitutionnel et du Forum national (citoyens), le Conseil constitutionnel adopte à l’unanimité un projet de constitution qui est remis au Parlement le 27 juillet. Ce dernier, chargé d’amender le projet, s’est attelé à cette tâche à l’automne 2011 et les débats se poursuivent toujours.

Les principales propositions de la nouvelle Constitution


Sur un total de 114 articles et de 9 chapitres, on peut noter en particulier :

- Article 15 : Droit à l’information. Les informations et documents détenus par les autorités publiques devraient être disponibles sans exception et l’accès au public à tous ces documents devrait être garanti par la loi. 

- Article 63 : Création d’un Comité de contrôle de la responsabilité du Gouvernement. Une enquête sur les mesures et décisions du Gouvernement peut être demandée par 1/3 des membres d’Althingi (parlement islandais).

- Article 65 : Droit à la consultation directe. 10% des votants peuvent demander un référendum national sur les lois votées par Althingi.

- Article 66 : Possibilité d’interpellation directe d’Althingi. 2% des électeurs peuvent soumettre une question au Parlement et un projet de loi peut y être déposé s’il est soutenu par 10% des électeurs.

- Article 90 : Formation du Cabinet. Le Premier ministre est nommé par le Parlement.

- Article 99 : Indépendance des tribunaux. L’indépendance des tribunaux doit être garantie par la loi.

- Article 105 : Autonomie des collectivités territoriales. Les sources de revenus des collectivités territoriales doivent être garanties par la loi, tout comme leur droit de déterminer l’utilisation de ces ressources.

La nouvelle constitution devrait être soumise à un référendum, avant le vote par le Parlement. Il devrait avoir lieu le 30 juin en même temps que l’élection présidentielle ou à l’automne. 

L'Islande n’est certes qu’un petit pays de 320 000 habitants mais elle donne cependant une belle leçon de démocratie aux grands États de l’Europe et du monde. Songeons par exemple qu’en France, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État…



Photo Creative Commons  



Cet article publié sur AgoraVox a été repris par Yahoo France Actualités 


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17 commentaires:

Gordon71 a dit…

bonjour et félicitations

En Islande, le peuple a fait démissionner un gouvernement au grand complet. Les principales banques ont été nationalisées et il a été décidé de ne pas payer la dette qu’elles avaient contractée auprès de banques en Grande Bretagne et en Hollande, dette générée par leur mauvaise politique financière.

Nos élites de tous bords n’ont pas intérêt à divulguer ce genre de nouvelles, des fois que cela donne l’idée aux Français de se mettre à botter le cul des parasites de l’assemblée et des écrans...

J-J-R a dit…

Très juste ! Et pour être exhaustif vous auriez pu ajouter une vie en dehors du libéralisme financier et de la cosmogonie communiste. Car l’alternative que sont entrain de bâtir les islandais est tout sauf du capitalisme et du communisme. Une troisième qu’on ne peut entrevoir qu’en sortant du cadre imposé, de la matrice dominante...

Fernet G a dit…

PIB de l'Islande est TOMBÉ de 20.4 en 2007 à 12.6G$ en 2010. Revenu par habitant de 35304$ à 27680$/an.Pas un exemple du tout.
http://www.google.ca/publicdata/explore?ds=d5bncppjof8f9_&met_y=ny_gdp_mktp_cd&idim=country:ISL&dl=fr&hl=fr&q=produit+int%C3%A9rieur+brut+islande#!ctype=l&strail=false&bcs=d&nselm=h&met_y=ny_gdp_mktp_cd&scale_y=lin&ind_y=false&rdim=country&idim=country:ISL&ifdim=country&tstart=892699200000&tend=1271390400000&hl=fr&dl=fr

frugeky a dit…

Bon, ben, faut tenter la même chose à une plus grande échelle. Et qui le propose ?

J’aime bien cette idée de mettre au frais les responsables des dettes en attendant leur jugement.

Mais n’oubliez pas que, malgré leur lourdeur un peu viking, les islandais ont un sens de l’accueil peut-être un peu plus développé que ce qui se passe en France et nous manquons cruellement de cellules VIP, comme le disait ce banquier (François-Xavier, j’ai oublié le nom) de la société générale, inquiété par la justice (affaire du sentier, il me semble) et qui avait commis un méchant petit bouquin où il se plaignait de l’insanité des conditions de détention en garde-à-vue, qu’il trouvait normale pour le vulgaire mais inappropriée à quelqu’un de sa classe.

Cool Mel a dit…

Sans vouloir défendre les médias, disons que la réforme constitutionnelle n’intéresse que peu les Islandais. L’élection de la constituante (25 membres) n’a déplacé que 36 % de l’électorat et le plus mal élu des constituants n’a recueilli que 347 suffrages, ce qui correspond, grosso modo, à 0,5 % des votants.

Cette constituante elle-même n’est pas vraiment représentative de la population islandaise, puisqu’elle est composée de :
- 5 profs de l’Université,
- 4 journalistes et présentateurs télé,
- 3 médecins,
- 2 mathématiciens,
- 2 directeurs de musée,
- 1 manager,
- 1 pasteur,
- 1 directeur de théâtre,- 1 chef d’entreprise,
- 1 président de syndicat,
- 1 juriste,
- 1 porte-parole d’association de consommateurs
- 1 fermier
- 1 étudiant.

Quant à la participation du peuple à l’élaboration du projet, elle a été dérisoire. Tous réseaux sociaux confondus, le débat n’a suscité que 3’600 commentaires et 370 propositons, équivalent respectivement à 1,1 % et à 0,12 % de la population de l’île. Dans de telles condtions, je ne sais pas s’il est opportun de demander à nos médiateux d’être plus Islandais que les Islandais...

Pour ce qui est du référendum à venir, il sera intéressant de voir si la nouvelle constitution est soumise article par article au peuple souverain - ce qui est le plus démocratique, mais pourrait nuire à la nécessaire harmonisation des articles - ou en bloc, en prenant le risque d’un rejet de la constitution, ce qui serait assez cocasse, le peuple refusant alors le texte à la rédaction duquel il est censé avoir contribué.

Punkonfou a dit…

Critiquer toujours critiquer !!! C’est bien de douter ça permet de croire mordicus ensuite mais là c’est un peu gros !!! Ils ont réussi à faire ce qu’aucun peuple européen n’a fait encore, mettre en place une constituante avec une participation du peuple et effectivement c’est pas parfait mais c’est le début, ils ont lancé le mouvement et ça faut l’applaudir au lieu de trouver des critiques à leurs faire car s’ils ont regarde le système avant ça il était quand même beaucoup plus critiquable !!!! Il y a, c’est sûr, des choses à améliorer mais il y a aussi beaucoup plus d’égalité alors avant de les critiquer, féliciter l’initiative !!!!!

K a dit…

Pour moi, l’islande est un parfait exemple d’autosuffisance face au gouvernement et aux banques. Le peuple se responsabilise…

Lisa SION 2 a dit…

C’est Eva Joly qui a sauvé l’Islande " Depuis le printemps 2009, je m’y rendais régulièrement afin d’accompagner les débuts de l’enquête pénale entreprise pour comprendre l’effondrement du système bancaire du pays et afin d’en préciser les responsabilités. Il s’agissait pour moi de conseiller le Procureur spécial nommé pour cette affaire sans précédent, de faire une première analyse de la situation, de former l’équipe d’enquêteurs, de la mettre en relations avec les autorités étrangères, "... ..." j’ai rencontré l’une des principales initiateurs de l’Icelandic Modern Media Initiative, cette initiative dont j’ai déjà parlé et qui vise à faire de l’Islande une sorte de "paradis" pour les journalistes, l’information et la liberté d’expression, en s’inspirant de nombreux textes de lois de pays très différents les uns des autres. J’avais déjà publiquement apporté mon soutien à ce projet, et l’ai renouvelé à cette occasion. J’espère le promouvoir au cours des prochains mois, en France et au Parlement européen, même si je doute que le gouvernement soit très désireux de s’en inspirer... " http://evajoly.blogs.nouvelobs.com/...

N’est il pas temps de la soutenir dans sa croisade pour la justice et le droit... ???

potatoes a dit…

Bravo l’Islande et merci pour l’article.
Sûr que la plupart des français ont une peur bleue de prendre des responsabilités, de changer les choses.
Pour ceux qui parlent anglais lire absolument :
http://www.nytimes.com/2012/04/16/opinion/krugman-europes-economic-suicide.html?_r=1&hp

Vue de notre Europe d’outre mer. C’est pas beau !

mortelune a dit…

Je garde votre article pour le rediffuser par-ci par-là. L’Islande est un parfait exemple de ce qu’il peut arriver de mieux pour notre pays.
Merci !

Tetsuko Yorimasa a dit…

Argentine, Islande, voilà des pays qui à un moment ont désigné les vrais coupables et prit les décisions qu’il fallait.

J’aimerais voir la même chose pour l’Espagne.

Vous savez je ne m’y connais pas à fond en économie, mais je sais une chose, on aide pas et on ne redonne pas d’argent à ceux qui ont nous ont foutu dans la merde, le problème c’est que il n’y a pas d’élus proposant cette solution...
,

johnsmith a dit…

Bonjour

Merci à l’auteur, pour ce chouette article.

je me pose la question suivante, concernant la dette souveraine de l’Islande :
Le peuple Islandais ne paie pas, ok.

Mais que disent les créancier, aujourd’hui ? Rien ? Ils laissent faire ?
Il ne semble pas qu’ils se taisent pas d’ailleurs, j’en veux pour preuve les diférents réferendum auxquels ont été soumis les citoyens islandais sur la question du remboursement.

Et que vont ils faire ? Agir par la force ? Se faire payer quelqu’un d’autre ? Rien du tout ?
Cela m’interroge.

celui qui maugréé a dit…

Je suppose que même si la presse Française en parlait elle soulignerait les différences entre nos deux pays.

Le fait est que même si il y a des différences oui ( sans doute plus de parasites et autres éditorialistes fortunés en tout genre) ,là bas ils ont l’air d’avoir trouvé la bonne solution.

Nous nous avons déjà heurté le mur mais personne ne le dit.

Alex a dit…

Que ce soit ou pas un problème de religion, il faut reconnaître que les pays musulmans ont un certain problème avec l’« honneur » des femmes.
Des exemples récents l’ont montré.
Une afghane violée s’est retrouvée en prison pour « adultère sous la contrainte », puis condamnée à épouser son violeur ; en Arabie saoudite, une femme ne devant pas se trouver seule en compagnie d’un autre homme est condamnée en cas de viol ; les cas de crimes d’honneur chez les Turcs sont particulièrement connus. Au Maroc, il y a peu d’années (même peut-être encore aujourd’hui), il n’était pas rare que sa famille refile une jeune fille violée à un vieux trop content d’avoir de la chair fraîche.

Les trois « religions du Livre » n’ont pas été très tendres avec les femmes.

En pays musulman, c’est un retard de mentalité parfaitement compréhensible, mais d’autant plus étonnant que l’Arabie pré-islamique connaissait une forme de polyandrie.

En France, c’est différent : une femme est tuée en moyenne tous les deux jours par son compagnon pour des raisons parfaitement « laïques »...

Dan a dit…

Merci pour ces infos.
En effet, quand l'humain se met à penser à plusieurs avec l'objectif du mieux-vivre pour le plus grand nombre, il est créatif!
On y vient, petit à petit, par ici aussi...
Il faudra bien un jour oublier le pouvoir de l'argent....

Henry a dit…

Cela aiderait la légitimité de vos propose de citer vos sources.

Je suis le premier à être séduit par l'article mais on ne sait pas d'où tombent toutes ces informations.

merci

Henry

Albert Ricchi a dit…

@ Henry

Pour info :

http://www.icenews.is/index.php/2011/03/24/icelandic-parliament-passesconstitutional-
change-bill/



http://stjornlagarad.is/other_files/stjornlagarad/Frumvarp-enska.pdf


http://www.stjornlagarad.is.

Cordialement
Albert